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Des romanciers francophones d’aujourd’hui et leur rapport à l’Histoire

Unser Vorstandsmitglied Jeanne Moll hat in der Stadtbibliothek für uns und die Öffentlichkeit vier neu erschienene Bücher junger französischer Autorinnen und Autoren vorgestellt. In ihren Werken setzen Sie sich mit immer noch schmerzenden Erinnerungen an die beiden Weltkriege und die Dekolonialisierung auseinander. 

Madeleine Klümper-Lefebvre hat den Vortrag für uns in französischer Sprache zusammengefasst.

Jeanne Moll commença son exposé en  soulignant l’importance qu’a toujours eu l’histoire pour les Français, en témoignent les nombreuses biographies  de rois et autres personnages importants, en témoignent de plus  de nos jours les nombreuses émissions tant radiophoniques que  télévisées sur le sujet.

La conférencière  avait choisi comme thème de la soirée de nous présenter   quatre romans de langue française dont l’intrigue habilement imaginée se situe dans la grande Histoire du siècle dernier, ce siècle qui compte  deux guerres mondiales, une guerre civile  et les troubles souvent sanglants de la décolonisation. Les auteurs que Jeanne Moll a retenus  sont Lydie Salvayre, née en 1947, prix Goncourt 2014 avec son roman Pas pleurer. Tierno Monémembo, également né en 1947, en Guinée, et son roman Le terroriste noir. David Foenkinos, né en 1974 avec son roman  Charlotte, prix Renaudot et Goncourt des lycéens. Et finalement Kamel Daoud, journaliste algérien  né en 1970 avec Meursault : contre-enquête, prix Goncourt du premier roman.

Puis la conférencière nous expliqua les raisons de son choix :

 Dans chacun de ces quatre romans Jeanne Moll constate une  «   relation affective » de l’auteur et de  son personnage qui, non seulement    a réellement existé,  ce qui nous le rend proche,   mais a été   impliqué dans l’histoire tant européenne que mondiale, ce qui nous fait découvrir des aspects inattendus  de cette histoire.

Le titre du roman de Lydie Salvayre  Pas pleurer  est la phrase que répéta tant de fois la mère espagnole de l’auteur, elle  qui avait  dû fuir le régime franquiste.et se réfugier  en France soixante ans plus tôt. La narratrice donne souvent la parole à cette mère qui,  à l’âge de 15 ans,  vécut avec son frère  de 18 ans « une parenthèse libertaire » à Barcelone, et ce faisant nous fait vivre nous-mêmes  cette période tragique  de la guerre d’Espagne dans les années qui précédèrent et annoncèrent  la seconde guerre mondiale. Lydie Salvayre ajoute de plus à la voix de cette mère celle de Georges Bernanos qui, scandalisé par tant d’horreurs, vécut lui-même le soulèvement des généraux contre la République et publia ses souvenirs  dans son livre Grands cimetières sous la lune, dont l’auteur intègre des pages entières dans son roman. A côté de cette partie de crimes  politiques qui donnent sa portée historique au roman, l’auteur relate l’aventure amoureuse d’une intensité inouïe de sa mère  avec un jeune Français qui partit s’engager dans les brigades internationales et que l’on suppose être André Malraux.

Tierno Monémembo  nous a livré en 2012 Le terroriste noir, roman qu’il a écrit à son retour à Conakry après avoir vécu 43 ans d’exil en France. Il cite Leopold Sedar Senghor en  exergue : On fleurit les tombes, on réchauffe le soldat inconnu, Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme... Dans ce livre, une vieille femme se souvient  d’un  certain Addi Bâ, tirailleur sénégalais qui, en 1940 lors de la Bataille de France avait été fait prisonnier, s’était évadé, avait organisé le premier maquis des Vosges, avait été dénoncé, arrêté, torturé et finalement exécuté. Germaine,  qui alors était une toute jeune fille, relate ses souvenirs à un proche d’Addi Bâ venu en France pour  enquêter sur son parent que les Allemands nommaient le terroriste noir.  Ce n’est qu’en 2003 que les autorités françaises accordèrent à Bâ la  médaille de la Résitance. Ce livre, souligne Jeanne Moll,  se veut de corriger cet  oubli de l’histoire qu’avait déjà dénoncé le poète-président sénégalais LS Senghor dans ses vers.

L’histoire Addi Bâ  est également évoquée dans le livre d’Etienne Guillermond Addi Bâ, Résistant des Vosges.

Le treizième roman de David Foenkinos, prix Renaudot 2014  et prix Goncourt des lycéens,  a pour titre Charlotte. L’auteur découvre au cours d’un voyage à Berlin l’œuvre littéraire et picturale de l’artiste juive allemande Charlotte Salomon assassinée à Birkenau en 1943. Son roman se présente  comme un long poème en prose qui relate parallèlement à la vie tourmentée de son héroïne l’histoire européenne du XXe siècle ponctuée par deux guerres mondiales.

L’intensité dramatique du roman, nous dit Jeanne Moll,  outre la biographie tourmentée de l’héroïne, vient des annotations relatives à la guerre de 1914-1918 et de  celles relatives aux discriminations  raciales dans l’Allemagne nationale-socialiste. Charlotte aurait pu survivre aux rafles organisées en France où elle s’était réfugiée si elle n’avait été dénoncée. Durant cette lecture nous pouvons à nouveau vivre un « condensé d’histoire européenne »   comme le souligne la conférencière.

Jeanne Moll, nous conseillant de lire ou de relire le roman  L’étranger  de Camus, termina la soirée par le long monologue du frère de « l’Arabe » tué par un certain Meursault, et qui ne se résigne pas à  laisser ce frère   dans l’anonymat. Il s’agit ici du roman du journaliste  algérien Kamel Daoud né en 1970,  Meursault, contre-enquête   qui vient de recevoir à juste titre le prix Goncourt du premier roman.

Ce roman, cette longue tirade  qui est, dirais-je, l’expression lyrique d’une colère,   n’est pas un livre facile. Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran et qui a appris le français,  depuis la décolonisation langue étrangère, « tout seul », médite sur le problème de la culpabilité, s’emploie à la réhabilitation de son frère, de sa famille, de son peuple. 

La conférencière termina son étude  en insistant sur la portée humaniste de ces romans qui « nous interpellent », ces romans qui  «   posent la question centrale de notre rapport à l’Autre », question qui est encore tellement  d’actualité. 

Ce bel  exposé qui incite à la lecture et  durant lequel Jeanne  Moll nous permit d’entendre quatre voix différentes parlant  la même langue et développant le même idéal    fut chaleureusement et longuement applaudi.